Le Nanar de l'Enfer
- Elise Gilbert
- 18 juil. 2023
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 juil. 2023

The Pope's Exorcist, Julius Avery, Avril 2023, Sony Pictures Releasing.
Depuis la sortie de la bande-annonce, c'est le film tant attendu de l'année 2023 qui promet un voyage palpitant dans les archives de l'exorciste en chef du Vatican, le père Gabriele Armoth, incarné par le seul et l'unique Russell Crowe. La promesse a-t-elle été tenue? Et bien, le côté palpitant semble manquer à l'appel.
L'Exorciste du Vatican raconte l'histoire d'une mère et de ses deux enfants qui partent vivre dans l'Abbaye de San Sebastiano, héritage familial, le temps de la rénover. Une entité démoniaque va prendre possession du petit garçon. Le père italien Gabriele Amorth est envoyé par le Pape pour venir en aide à cette famille. Son enquête va révéler des secrets enfouis du Vatican.
Pourquoi ça ne fonctionne pas?
On s'attend à un grand retour du film d'exorcisme. Il est difficile en effet d'égaler l'ambiance créée dans The Exorcist, bien que des films comme L'Exorcisme d'Emily Rose ont su se rapprocher de cette excellence. Il n'en est rien pour L'Exorciste du Vatican qui peine même à faire fonctionner les clichés du genre.
Démesure maladive
Le film coche toutes les cases du cahier des charges d'un film d'horreur: les coupures de courant, l'orage, les injures profanes du démon, etc. Le problème? Le film est un simple recyclage de ces poncifs, utilisés sans subtilité: les dialogues avec le démon sont tirés en longueur, ce qui lui enlève toute notion de dangerosité. Les éclairs ponctuent chaque scène sans exception, même en pleine journée.
Une pointe d'humour est toujours la bienvenue dans un film d'horreur. Dans le premier Conjuring, James Wan introduit un duo de personnages comiques, le temps de quelques blagues parsemées à travers le moment de crise. Cela permet de détendre l'atmosphère pour ensuite mieux faire peur. Dans L'Exorciste du Vatican, les remarques comiques du père nous présentent dans l'exposition un personnage drôle et attachant. Le problème? C'est que le père ne peut s'empêcher de lâcher une blague, même dans les moments dramatiquement importants. Le spectateur n'a pas le temps de cultiver l'angoisse avant qu'elle ne soit atténuée par le comique.
Incohérences à tout bout de champ
Les maladresses scénaristiques sont trop présentes pour pouvoir les ignorer. On trouve beaucoup d'incohérences dans l'écriture des personnages: le père Amorth, mentor du prêtre novice, l'avertit de la perversité du démon et qu'il est bon de ne pas réagir à ses insultes. Quelques scènes plus tard, le père se laisse submerger par les provocations du diable, jusqu'à échouer son exorcisme.
On trouve également des incohérences dans l'enchainement des scènes: une information qui semble radicale dans le dénouement du conflit n'est plus soulignée par la suite. Dans la scène du sous-sol, le Père Amorth découvre le nom de démon. La révélation de cette information est accompagnée de la stupeur des personnages et d'une musique victorieuse. On s'attend alors à décimer le démon en révélant son identité. Il n'en est rien car l'information n'est pas relevée par la suite, pire, le démon lui-même nous partage son nom sans aucune réticence.
Tout n'est cependant pas à jeter. Le réalisateur propose quelques plans esthétiquement plaisants comme la déambulation de Russell Crowe sur son scooter à travers une forêt brouillardeuse. De plus, les histoires annexes des personnages permettent au spectateur de s'attacher à eux le temps d'une réminiscence. La performance des acteurs est aussi à souligner.
En somme, le réalisateur mise tout sur le visuel, plutôt connu pour son talent dans la gore avec le film de guerre Overlord. Ce faisant, il a complètement délaissé l'ambiance de son film, au profit d'un visuel parfois bancal. Il faudra encore patienter avant de voir un film d'exorcisme digne de ce nom.
Note globale: 3/10



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