On oublie tout et on recommence ?
- Elise Gilbert
- 8 août 2023
- 4 min de lecture
Spoiler alert ! Cette critique comporte une analyse assez détaillée des procédures cinématographiques, ce qui m'oblige à révéler le dénouement du film.

Eternal Sunshine of The Sptotless Mind est un drame romantique qui raconte l’histoire de Joel et Clémentine, interprétés respectivement par Jim Carrey et Kate Winslet. Après leur rupture, Joel découvre que Clémentine a fait effacer les souvenirs de leur relation pour l’éradiquer de ses pensées. Joel décide d’entamer la même procédure mais va se rétracter à mi-chemin alors qu’il se rend compte de la valeur de ces moments passés avec elle.
Le film est réalisé par Michel Gondry en collaboration avec Charlie Kaufman à l’écriture du scénario, familier des structures narratives peu conventionnelles avec notamment Je Veux Juste en Finir, sorti en 2020 sur Netflix.
Le film est un questionnement sur les relations humaines et la douleur que l’on s’inflige à aimer. Il est une romance qui sort des sentiers battus d’Hollywood, en montrant le côté pas si idyllique d’une relation amoureuse.
Pourquoi ça marche?
La palette de couleurs significative
Dans l’exposition, Joel se réveille dans sa chambre où les tons bleus et gris dominent l’ambiance générale de la scène. Ces tons de couleurs froides renvoient à l’existence morose de Joel qui se lève pour entamer une journée de travail comme toutes les autres. Le bleu est sa couleur attitrée. Le personnage de Clémentine est associé à des tons de couleurs chaudes qui représentent sa vivacité et son ouverture au monde. Lors de leur rencontre, elle porte un pull orange flashy. Joel, lui, est vêtu d’un manteau bleu foncé et d’un bonnet gris, combinaison qui traduit son renfermement sur lui-même. Cette dualité de couleur se retrouve également dans le décor tout le long du film.
L’évolution de la couleur de cheveux de Clémentine est également significative. Personnage assez excentrique par son allure, Clémentine va teindre ses cheveux plusieurs fois au cours de la narration. Quand elle rencontre Joel dans le train, ses cheveux sont bleu ruine, comme si elle avait déjà une partie de Joel en elle. Ses cheveux tournent vers le rose orangé au fur et à mesure que leur relation se dégrade pour signifier qu’elle reprend progressivement son indépendance. Ils sont ensuite rouge écarlate dans l’imaginaire de Joel qui entame la procédure d’éradication des souvenirs. Ses cheveux sont à nouveau bleus quand elle découvre qu’elle a subi l’intervention auparavant pour effacer Joel de sa mémoire. On comprend donc ici l’aspect cyclique de la narration qui se retrouve dans la dimension chromatique du film. Joel et Clémentine se sont déjà côtoyés.
Le travail de caméra au service du ressenti des personnages
Le plan emblème du film de Joel et Clémentine allongés sur la glace est tourné en point de vue de Dieu, ce qui donne l’impression que le couple est seul au monde, insouciant et que rien ne peut les séparer. C’est l’état d’esprit dans lequel sont ces amoureux qui, à ce stade de la relation, ne voient aucun point négatif chez leur partenaire. Au moment de crise, Joel est mis face à cette dure réalité du couple dysfonctionnel alors que son couple d’amis se dispute. Joel est assis sur l’escalier en arrière-plan hors focus, fondu dans le décor. Ce qu’il est en train d’observer est la source de toutes ses angoisses : le conflit.
L’utilisation du flou a une grande portée narrative dans le film. Le flou représente les situations de crise chez le protagoniste. Un exemple frappant est la scène où Clémentine soulève la possibilité d’avoir un enfant. La discussion se finit en dispute. Tout ce qui entoure Joel dans le plan est comme un grand brouillard. Cela représente son désir de s’isoler et de retourner à son confort d’homme solitaire.
Le choix audacieux d'un montage non conventionnel
Le montage est ce qui donne ce côté imprévisible à la narration. La temporalité non linéaire du film va laisser place au montage discontinu. On voyage dans le temps à travers le montage. Un exemple frappant est le cut entre la scène de la secrétaire Mary qui démissionne de son travail à Lacuna et le plan répété de Clémentine qui dort dans le siège passager. Dans cet esprit de montage parallèle, on a donc l’association de deux plans sans continuité diégétique. Au niveau du mélange des temporalités, on peut se pencher sur la scène de la pluie dans l’appartement de Joel, un tel montage permet une rime binaire entre la main de Joel petit sous la pluie et sa main sous la pluie à l’intérieur de son appartement. Joel est un enfant qui doit prendre des décisions d’adulte. Cette idée sera soutenue lors du parallèle de Joel dans son corps d’enfant.
La procédure étant basée sur la rétrospective des souvenirs, c’est par le flashback que le spectateur en apprendra plus sur l’histoire d’amour des protagonistes. Par ces retours en arrière, le montage met encore une fois en exergue le caractère cyclique de leur relation. Leur rencontre dans le train peut alors être vue comme un flash forward par rapport à l’issue connue de leur histoire d’amour.
Note : 10/10
Eternal Sunshine of The Spotless Mind, Michel Gondry, 2004, Focus Features.



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