On ressort avec plus de questions que de solutions
- Elise Gilbert
- 24 sept. 2023
- 3 min de lecture

Huit ans après son dernier succès, Michel Gondry revient sur le devant de la scène avec Le Livre des Solutions. Le film autobiographique fait écho aux difficultés de Michel Gondry pendant la période de post-production du film L'Ecume des Jours. Son travail critiqué par les producteurs, il décide de partir chez sa tante à Cévennes. Là, il va mettre par écrit tous les problèmes qu'il rencontre lors de la conception de son film et va tenter de les résoudre dans son livre des solutions.
Le film a reçu un accueil chaleureux à Cannes, mais semble ne pas avoir complètement convaincu le grand public. Que ce soit dans la bande annonce ou le synopsis, le film est présenté comme une comédie légère sur un artiste en crise. Mais c'est bien plus profond que ça. Le long-métrage est à l'image de l'esprit tourmenté du protagoniste, loufoque et désordonné par moment. Il met en lumière les principes fondamentaux de la créativité avec un défi en plus, la maladie mentale. Dans ce film, Michel Gondry touche au sujet sensible des troubles psychologiques, qui sont ici à la fois annonciateurs de bonnes idées et freins à la créativité du protagoniste. Marc ne semble pas savoir où aller, tout comme l'histoire.
Le désordre cinématographique comme miroir des tourments du protagoniste
Michel Gondry nous ouvre les portes de son esprit tourmenté, mais faille par moment de nous guider dans ce dédale qu'est l'esprit d'un artiste en proie au doute. Pierre Niney est saisissant dans le rôle du réalisateur maniaco-dépressif, d'un côté, attendrissant, de l'autre détestable. Le personnage principal manifeste son trouble en passant du coq à l'âne. La mise en scène suit cette cadence par une caméra en mouvement constant et un montage rythmé. Elle est miroir du fouillis interne de Marc. C'est sans surprise que le public se perd parmi la palette d'émotions large et équivoque, et qu'il ne comprend plus trop le message qu'on veut lui faire passer.
La publicité faussement joviale du film crée un décalage entre les attentes de l'audience et la vraie nature du film. Le spectateur vient pour rire, pour pleurer un peu. Nous sommes face à un public qui n'est pas préparé au penchant dramatique du film. Le registre principalement comique de Pierre Niney alimente cette désillusion. Enfin, le principe de base assez cocasse du livre annoté des problèmes avec leur solutions est sous-exploité, pourtant sujet du titre, de l'affiche et de la tagline.
Voilà sûrement l'essence de la réception un tantinet décevante du dernier film de Michel Gondry.
Le film n'est cependant pas mauvais du tout. Une grande partie du génie poétique de Michel Gondry s'y retrouve, pour le plus grand bonheur de ses aficionados.
La poésie des dialogues
Souvent épaulé par le scénariste Charlie Kaufman, Michel Gondry a, dans le passé, brillamment manié les mots pour mettre en place une poésie dans le dialogue. Une fois n'est pas coutume, dans Le Livre des Solutions, les dialogues sont percutants. Certaines phrases fonctionnent comme une petite dose de thérapie, une piqure de rappel des choses essentielles de la vie. Parfois drôles et décalées, autrement profondes et qui prêtent à réfléchir.
Le caractère poétique du film atteint son paroxysme lors de la scène de l'enregistrement studio de la bande originale. L'orchestre reçoit la consigne de suivre les gestes du réalisateur qui les dirige vers l'aigu ou le grave. Marc ne parle plus, c'est son corps qui prend le relais. Il anthropomorphise la musique qui est en devenir. Tout comme l'a fait Michel Gondry pour la musique de son film. L'émotion est telle que le personnage s'exclame intérieurement: "Note à moi-même: rester humble après cette expérience transformatrice". Le spectateur prend part à ce voyage musical et participe à la satisfaction de Marc qui voit son projet finalement s'aboutir.
Note: 6/10



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